Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 09 juillet 2020 - 11h24
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Le 4 août 1914 : obsèques de Jean Jaurès

Le 4 août 2014

Obsèques de Monsieur Jaurès

Les obsèques de M. Jean Jaurès ont été célébrées, hier matin, devant une affluence qui, malgré les vides laissés par la mobilisation, était considérable.
M. Viviani a prononcé un discours. Plusieurs personnalités du parti socialiste ont également pris la parole.
Le cercueil a été conduit à la gare d’Orsay, d’où il sera acheminé dans le Tarn.

M. Gustave Hervé, directeur de la Guerre sociale, a publié hier matin, dans ce journal, l’article suivant :

ADIEU JAURÈS

Jaurès, vous êtes heureux de ne pas assister à l’écroulement momentané de notre beau rêve de paix universelle ; vous êtes heureux de vous en être allé avant d’avoir vu l’Europe se plonger jusqu’au cou dans un bain de sang et piquer une tête dans la barbarie.
Mais je vous plains d’être parti sans avoir vu comment notre race nerveuse, enthousiaste et idéaliste, a accepté d’aller accomplir le douloureux devoir !
Vous auriez été fier de nos ouvriers socialistes, mon cher ami, si vous aviez vu dans quelle simplicité ils quittaient l’atelier pour aller au fur et à mesure qu’ils étaient touchés par leur ordre de mobilisation, et quelle sérénité ils sentent en eux depuis qu’ils ont conscience que la France a tout fait pour éviter la guerre, et qu’elle est victime de la plus brutale des agressions.
Vous auriez pleuré d’émotion de voir avec quelle gravité, exempte de forfanterie, chacun va offrir sa poitrine pour barrer la route aux Von Forstner allemands et autrichiens.
Et vous auriez été attendri de voir avec quelle sublime résignation nos mères, nos femmes, nos filles, nos sœurs, supportent l’amer sacrifice.

N’est-ce pas, Jaurès, que vous permettez de chanter la Marseillaise aujourd’hui derrière votre cercueil ? N’est-ce pas que la Marseillaise, chantée gravement, par nos bouches socialistes, à cette heure ù les monarchies et les aristocraties féodales d’Autriche et d’Allemagne viennent de commettre contre l’humanité le plus lâche des attentats n’est pas un chant bassement nationaliste, mais le grand hymne révolutionnaire qu’il était en 1792 ? N’est-ce pas que, tout en gardant notre cœur de toute haine contre le peuple allemand, contre nos frères les socialistes allemands, nous pouvons chanter hardiment ?
Qu’un sang impur abreuve nos sillons !
N’est-ce pas, Jaurès, que votre grande voix nous ordonne de chanter aujourd’hui le sublime chant du Départ ?

La République nous appelle,
Sachons vaincre ou sachons mourir !

N’est-ce pas, Jaurès, que lorsque les nôtres la chanteront la Marseillaise en face des soldats allemands, nos frères les socialistes allemands sentiront qu’ils ne doivent pas déposer les armes, eux, avant d’avoir proclamé la république allemande !

N’est-ce pas que la République française ce jour là ne doit pas empêcher la république allemande d’englober la partie allemande de l’Autriche ?

N’est-ce pas que la République allemande ainsi agrandie ne devra pas trouver mauvais que la Pologne prussienne soit détachée de l’Allemagne, soit jointe à la Pologne autrichienne et à la Pologne russe pour reconstituer la République de Pologne ?

Car n’est-ce pas, Jaurès, qu’en nous entendant chanter la Marseillaise, la Pologne sortira vivante de son tombeau ?

N’est-ce pas, Jaurès, vous dont le grand cœur fut sans haine, vous qui avez pardonné à votre assassin au moment même où cet aliéné vous portait le coup fatal, n’est-ce pas que j’ai raison sur toute la ligne ?

N’est-ce pas qu’il faut cimenter avec votre sang de martyr le bloc de la défense nationale, et que j’ai raison d’appeler les patriotes à venir se mêler à nos jeunes gardes révolutionnaires derrière votre cercueil ?

N’est-ce pas vrai, enfin, qu’aujourd’hui le drapeau tricolore porte dans ses plis glorieux les mêmes espérances qu’il portait à Valmy, et qu’aujourd’hui il vous semble aussi beau, aussi sublime que le drapeau rouge de notre Internationale ?

N’est-ce pas que puisque nous avons pris les armes, il faut que ce soit pour fonder, avec l’aide de la république allemande, la République des Etats-Unis d’Europe ?

C’est la lutte finale
Groupons nous et demain,
L’Internationale
Sera le genre humain.

Gustave HERVÉ

Le Télégramme du Pas-de-Calais et de la Somme, 6 août 1914. Archives départementales du Pas-de-Calais, PG 9/22.

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Vue en coupe d'un pont sous-marin.

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