Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 30 mars 2020 - 06h16
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La petite Zélie Œuvre de fiction produite dans le cadre de l'option Littérature et société

Publié par Mélissa Ounadjela, Laura Tournay et Marine Wiart, élèves de seconde au lycée Guy-Mollet d'Arras

Chapitre 1

Un soir, un homme rentra à son domicile, la soixantaine, fatigué : il s'assit sur le pas de sa porte, une bouteille à la main. Il songea à sa vie passée qu'il compara à celle d'aujourd'hui et il regarda le ciel. Cette vue fut coupée par une femme, brune, menue et mince, plus jeune que lui. Elle le regarda et lui dit de suite d'aller se coucher car le travail l'attendait. Un soupir lui échappa avant qu'il ne se lève d'un pas lourd. Il passa le pas de la porte.

Le lendemain, il se leva avec la même mélancolie tenace ; la même femme s'approcha et lui donna un morceau de pain rassis et un bol de soupe. C'était sa femme. Elle lui dit en lui donnant ce repas que ce soir il devait avoir sa paye, car il y avait quatre bouches à nourrir sous ce toit, elle, lui, un garçon de quinze ans nommé Christophe et une petite fille d'à peine six ans, Zélie, qui paraissait chétive et sans défense, avec sa chevelure rousse flamboyante et son regard d'un bleu profond. Elle était la prunelle des yeux de son père. Il l’observa et lui donna son bol ; il lui baisa son front sale. L'homme partit. Aussitôt le bol de pitance fut dérobé des mains de la petite. Le fils le porta à sa bouche.

L'homme alla au travail. Ses journées de besogne étaient très chargées, mais secrètement il alla aux environs de midi dans ce cabaret où il se plongeait régulièrement dans l'alcool pour oublier la misère dans laquelle il vivait. Le soir, il revint à sa masure avec la moitié du salaire qu'il avait gagné, il l’avait largement dépensé dans la boisson. Mais il rentrait avec un grand sourire. Il tendit le reste de la paye à sa femme. Elle le regarda et la colère la prit, il sentait l'alcool à plein nez, elle s'écria : "Tu as encore gaspillé cet argent dans tes bouteilles ! Penses-tu à nous? Lorsque tu bois, penses-tu à ta pauvre famille, ta petite qui meurt de faim ? Je comprends pourquoi tu as déjà épuisé trois femmes avant moi, qui sont parties à cause de ton..." Il l'interrompit en la giflant violemment. Les enfants étaient au coin de la pièce et assistaient à la scène. Sa femme était au sol, sa main sur sa joue violacée. Elle le regardait d'un air sombre. L'homme avait déjà reprit son calme. Elle se leva précipitamment et prétexta aux enfants qu 'elle allait chercher de l'eau pour le repas. Elle rentra quelques instants plus tard ; elle semblait avoir repris son calme. L'atmosphère était certes tendue, mais la femme servit l'homme avec un visage qui ne laissait rien transparaître, de cette soupe ignoble qui était composée de pain rassis, de choux, le tout noyé dans de l'eau. Durant toute la soirée, elle se tue. Zélie contempla ce bleu qu'elle avait sur son visage pâle. Ils ne tardèrent pas à aller se coucher.

Chapitre 2

Le lendemain, l'homme se réveilla sonné, avec un grand mal de tête. Il alla se mouiller le visage pour reprendre ses esprits tout en admirant la petite endormie à ses côtés ; puis il la recouvrit de son pauvre drap troué. Mais, tout à coup, il s’aperçut que sa femme avait disparu avec son fils et, surtout, la bourse qu'il avait cachée sous son oreiller. Il resta de marbre. Ses sentiments oscillaient entre rage, colère, déception et découragement, mais il ne laissa rien paraître. Il se retourna en regardant sa fille encore endormie et alla chez des voisins pour leur demander de se charger d'elle durant le temps de son travail. Il prit son chemin habituel mais s'arrêta un court instant, pour ensuite prendre un chemin inconnu. L'homme continua dans ce chemin étroit et bien arboré. Il réfléchissait, il pensait à sa vie nouvelle, sans sa femme, sans son fils. Il s'assit sur l'herbe fraîche et contempla le paysage qui s'offrait à lui. Le soleil, à l'horizon, venait tout juste de se lever. Il pensait : "Comment vais-je subvenir aux besoins de ma fille ?" Le silence lui répondit. Il soupira, se leva et continua sa route ; il passa devant un moulin qu'il trouvait magnifique, tout en pierre avec des glycines. Il resta immobile devant le moulin et se demanda si son patron lui accorderait un prêt en lui expliquant la situation. Mais il soupira de nouveau : il l'avait déjà fait… et ne l'avait jamais remboursé ; il avait dépensé l'argent dans l'alcool. Il regarda alors le reflet du paysage sur l’eau, puis il regarda les profondeurs de l’onde ; c’est alors que de sombres pensées lui vinrent, d’une atrocité secrète et terrifiante qui resta marquée sur son visage par un rictus aux commissures des lèvres.

Il continua sa route et rejoignit le chemin du travail. Sa journée se passa comme toutes les autres. Comme tous les jours, il alla au cabaret, se noya dans la boisson et revint presque ivre mort chez lui. Sur le chemin du retour, il alla récupérer sa fille chez ses voisins qui le regardaient d'un mauvais œil : ils dirent, bien ostensiblement, que la petite ne méritait pas cela, et que dès le lendemain la nouvelle se propagerait jusqu'au fin fond du village. Rentré chez lui, il se jeta sur le lit et s'endormit comme un loir avec sa fille à ses côtés.Les deux jours suivants, le soleil se leva, la journée commençait, le père alla au travail, puis au cabaret comme chaque jour, il revint chez lui à nouveau noyé dans l'alcool et alla se coucher.

Chapitre 3

Le commissaire regarda le corps d'un air écœuré : l'image qui se présente devant lui est horrible : une petite fille, à la chevelure rousse avec une robe blanche en haillon jauni par l'eau sale, son regard est vide, sa bouche violacée, son teint est pâle, et le détail le plus sordide est sans doute son œil sorti de son orbite. Le médecin légiste estime son âge à 5 ans. L'homme observe les lieux alentours, la foule est apeurée, bruyante. Il décida d'aller à son cabinet pour commencer le rapport d'enquête, il soupira, il sait que l'affaire est complexe. Il décida qu'il interrogerait les villageois pour étoffer l'affaire.

Il partit dans les environs près de la rivière, il frappa aux portes. À la première chaumière, on lui déclara n’être au courant de rien. Ce fut de même pour les trois autres. Il décida alors de s'éloigner du lieu du crime. Il commençait à prendre quelques informations même si elles étaient minimes. La première pièce du puzzle se posa, certains dirent l'avoir aperçue vers l'aube avec un homme. Le commissaire, intrigué, leur demanda sa description mais les témoins l'avait oubliée ; ils lui dirent qu'il était d'un certain âge. Cette information en poche, il demanda alors aux autre chaumières s'ils connaissait un homme d'un certain âge accompagné d'une petite fille. Les témoins commençaient à dire que cet homme était le bûcheron du village. Il alla le voir mais s'arrêta dés qu'il aperçut une petite fille à ses côtés qui ressemblait à la défunte. Il comprit de suite que les villageois s'était trompé de personne. Mais il décida quand même d'aller l'interroger. Cette entrevue lui fut fructueuse ; en effet, il semblerait que la jeune défunte et la petite du bûcheron étaient amies.
Le bûcheron envoya le commissaire à l'adresse de l'homme qui pouvait bien être le père de la petite inconnue.

Arrivé devant une sorte de cabane, le commissaire toqua à la porte et se retrouva devant un homme qui semblait plus vieux que son âge. Il empestait l'alcool, marmonnait des choses incompréhensibles et faillit deux fois tomber par terre.
Le commissaire regarda l'homme en se disant qu'il était sans doute ivre à cause de la disparition de sa fille.
Il entra et dit :

– Voulez-vous présenter s'il vous plaît ?
– Je suis qu'un simple ouvrier qui galère pour joindre les deux bouts, "l'père Talleux" qu'les enfants du village m'appellent.
– Donc monsieur Talleux, avez-vous des enfants ?
– Moi ? Avoir des enfants? Jamais de la vie ! Je n'arrive déjà pas à me nourrir moi-même alors encore moins un enfant !
– Alors pourquoi les gens du village me disent le contraire ?
– Les gens du village, ils racontent des histoires, ce ne sont que des commères... Il ne faut pas les croire !
– Donc vous niez avoir des enfants ?
– Bien sûr !
– Monsieur, je n'aime pas les mensonges ; en tant que commissaire j'ai déjà fait mes recherches, j'ai posé des questions et il semblerait que vous ayez déjà eu quatre femmes ; la dernière étant partie il y a quelques jours ! Et vous avez eu de nombreux enfants ! En outre la petite dernière qui s'appelait Zélie.
– Laissez-moi tranquille!
– Où est votre petite fille?
– Zélie? J'sais pas ! Moi, j'lai déposée chez les voisins puis j'suis parti à mon boulot!
– Je suis désolé mais je vais devoir vous emmenez au poste Monsieur.
– Pas de fille, j'vous dis!
– Commencez d'abord par vous calmer monsieur, puis je vous emmènerai.
– Je suis calme !

Le commissaire commençait à se dire que ce vieil homme n'était pas très net car il déclarait au début qu'il n'avait pas d'enfant mais il criait le nom de sa petite fille un peu plus tard. Le commissaire mit cela sur le compte de l'alcool et déclara :

– Monsieur, je vais vous emmener au poste demain dans l'après-midi, le temps que vous redeveniez sobre.

L'homme claqua la porte. Le commissaire rentra à son cabinet, il écrivit alors tous les détails de cette journée passée, du meurtre jusqu'à la rencontre du père de la défunte. Il soupira, il laissa échapper :

– Le père de la défunte n'a décidément pas l'air très net.

Son collègue à côté le regarda d'un air intrigué ; pour finir, il lui dit en posant sa main sur son épaule :

– Rentre chez toi, ta femme et tes enfants t'attendent.

Une fois parti, son collègue prit le dossier pour le lire.

Le lendemain, le commissaire alla rendre visite à Talleux, pour le ramener au poste. Il frappa sur la porte mais n’entendit aucun bruit ; il réessaya mais aucune réponse à nouveau. C'est alors qu'il décida de faire le tour de la chaumière pour voir à travers l'une des vitres et il aperçut l'homme accroupi se balançant d'avant en arrière tout en fixant un misérable drap sur le sol. Il avait l'air dans un autre monde, le commissaire vit une larme couler sur cette joue ridée. Il frappa alors de nouveau à la porte mais avec une grande insistance, de telle sorte que les voisins sortirent, intrigués par le bruit. Enfin, une dizaine de minutes plus tard la porte s'ouvrit. L'homme paraissait abattu par la fatigue, il avait une trace de morsure sur la main gauche qui n'était pas présente avant-hier.

– Vous vous souvenez de moi ?
– Qui êtes-vous ?
– Je suis le commissaire, celui qui est venu hier.

Le commissaire voyait de l'indifférence dans son regard , c'est alors qu'il dit :

– Bon, monsieur Talleux, je vous emmène au poste.

Arrivé au commissariat, il invita l'homme à s'asseoir.

– Attendez, je vous prie.

Le commissaire partit chercher le docteur pour faire un test psychologique.
Il revint avec lui. C'est alors qu'ils retrouvèrent l'homme accroupi comme l'avait vu le commissaire dans sa chaumière. En s'adressant au docteur, il déclara :

– Voilà de ce dont je vous parlais tout à l'heure, cet homme se fait vieux, il a sans doute perdu la tête en perdant sa fille.

Le docteur acquiesça en hochant la tête, il s'adressa à Talleux :

– Monsieur, relevez-vous, je vous prie. Je vous emmène dans la salle d'interrogatoire.
– D'ac-accord.

Le vieil homme se leva et s'assit, le médecin déclara :

– Vous avez quel âge Monsieur ?
– J'crois 60 ou 64 ans.
– Quel est votre prénom et votre nom ?
– J'm’appelle François Talleux.
– Êtes-vous marié ?
– J'ai déjà eu trois femmes, la quatrième est partie en me volant ma bourse, il n'y pas longtemps.
– J’en conclus donc que vous avez alors des enfants, n'est-ce pas?
– Ouais, j'en ai eu plusieurs. J'sais plus combien.
– Et de votre dernière femme, vous en avez eu combien?
– Euh...
– Alors, combien?

Un homme derrière eux, un greffier notait. Talleux resta un long moment silencieux puis déclara :

– Je ne sais plus.
– Pourtant le commissaire m'a dit que vous lui aviez dit hier que votre fille s'appelait Zélie.

Talleu jeta alors la chaise sur laquelle il était assis et se mit dans cette fameuse position où l'on avait retrouvé dans sa chaumière ; le docteur reprit :

– Comment vous êtes-vous blessé ? Il désigna sa main gauche.
– J'sais pas. Quand j'me suis réveillé, je l'avais.
– Êtes-vous sûr? Vous ne vous souvenez pas? Le docteur insista.
– J'vous dis que j'sais pas!
– D'accord, je vous crois.

Le docteur sortit de la pièce, en regardant le commissaire il dit :

– Cet homme est fou. Il a sans doute eu un choc émotionnel, voir sa femme partir en lui prenant sa bourse et ensuite la disparition de sa fille font de lui un homme détruit.
– Merci, docteur.

Le commissaire réfléchissait en lui-même : le problème n'était toujours pas résolut, qui avait tué la petite? Cette question ne faisait que le tourmenter. C'est alors qu'il décida de convoquer les gens qu'il avait listés pour récupérer un peu plus d'informations. Il voulait laisser de côté le principal concerné de l'affaire pour le moment.

Lorsque le commissaire écrivit la fin de l'affaire Talleux, un mois avait passé. Il avait récolté toutes les informations des témoins et concluait l'affaire en écrivant :

"Le suspect principal de l'affaire n'est pas coupable, il est atteint mentalement et était à son travail durant le jour de l'accident selon les témoignages de Joseph et de Léandre. De plus, d'autres témoins ont aperçu la petite cueillant des fruits des bois et se dirigeant près de la rivière. Nous concluons donc que la petite est tombée dans la rivière par accident, sans doute par une glissade, et qu’elle est morte parce qu’elle ne savait pas nager".

Chapitre 4

Le 28 octobre à la cour d’assise de Saint-Omer, le juge déclara : "Monsieur Talleux est accusé de meurtre d’enfant".
L’avocat de la défense, le commissaire et son collègue, l’accusé, les témoins étaient présents.

L’affaire avait complètement changé. Talleux, qui était d’abord accusé d’abandon d’enfant, était maintenant jugé pour meurtre ; il ne voulait pas garder pour lui plus longtemps ce qui le faisait souffrir. C’est pour cela qu’il avait décidé de tout avouer au commissaire qui s’occupait de l’affaire dès le départ.

En effet, le commissaire s’était aperçu de quelques anomalies et avait quelques doutes sur le soi-disant problème mental de Talleux. L’homme était souvent saoul et pourtant, dans cet état, Talleux était très conscient. De plus, les voisins le trouvaient étrange durant le déroulement de l’affaire car certains voisins avaient entendu dire que c’était lui qui avait tout organisé et qu’il était fort pour mentir. Après avoir récupéré toute sorte de petites informations, le commissaire se disait que ce Talleux n’était pas si innocent qu’il le faisait croire, c’est pour cela que le commissaire était retourné voir Monsieur Talleux et c’est ainsi que Talleux avait tout avoué au commissaire. Le commissaire déclara : "Talleux est un faux malade, il se sert de sa maladie mentale pour faire croire qu’il a réellement des problèmes mentaux dû à l’alcool et qui du coup ne sait plus ce qu’il fait. Et cela ne fait aucun doute : il est coupable depuis qu’il me l’a avoué".

Chapitre 5

Quelques jours après le procès fut bouclé. François Talleux fut inculpé pour infanticide sur la petite Zélie âgée de 5 ans.

Le jour où Talleux avait tué sa petite fille Zélie, dès l’aube, il était parti en balade avec elle près de la rivière. Talleux était tellement malheureux et détruit depuis le départ de son ex-femme qu’il pensa faire une chose pour le bien de sa fille ; il la poussa alors dans la rivière puis il partit sans même se retourner. La petite fut emportée par le courant elle se débattit mais elle était tellement épuisée qu’elle se noya un peu plus loin.

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Vue en coupe d'un pont sous-marin.

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