Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - Le 30 mars 2020 - 06h16
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Mon oncle…

Publié par Julie Faucqueur et Flavie Roy, élèves en classe de seconde au lycée Guy-Mollet d'Arras

À Lens, le 21 septembre 1793

Chère Anne-Marie,

Je t’écris dans l’urgence, pour t’informer de l’horrible chose qui est arrivée à ton oncle Louis. Hier, on l'a arrêté pendant qu’il labourait les champs. Mon très cher mari m’a rapporté que le comité de sécurité publique l’aurait accusé d’avoir fourni volontairement et délibérément du foin de très mauvaise qualité aux chevaux de la république. Comment a-t-il pu faire une telle chose ? Je suis accablée et consternée par son comportement. Il a osé mettre des trèfles au centre du foin… et nous qui avons cru qu’il était un frère de la patrie, qu’il ne serait jamais un de ces traîtres de la République !

Mon humble époux m’a confié qu’il risquait la déportation à vie, ou le bagne, ou peut-être même la guillotine. Il règne une très grande complicité entre mon mari et moi ; de ce fait, je vais lui demander de me donner de plus amples informations sur l’affaire et je sais qu’il ne me les cachera pas.

Ma très chère Anne-Marie, je dois te laisser car le temps me manque ; je t’en supplie, réponds-moi vite.
Surtout, que tout ceci reste secret !

Amicalement,
Marianne

 

À Paris, le 12 octobre 1793

Marianne,

Je suis toute catastrophée par la lettre que tu m’as envoyée.
Je t’en supplie, essaie de convaincre ton mari pour qu’il défende mon cher oncle.

Comment ont-ils pu ? Lui qui aime tant la République... Il a participé à la prise de la Bastille, il a aidé à arrêter le roi lors de la prise des Tuileries. Cette terrible journée du 10 août, ce jour où j’ai perdu mon frère de 2 ans mon cadet et mon autre frère Jean dont la vie fut sauve grâce à mon oncle justement, même si Jean a quand même perdu sa jambe droite, son œil gauche et ses deux pouces. Mon oncle Louis et moi avions eu de la chance car nous n’avions eu que des blessures superficielles.

Comment oses-tu dire que c’est un ennemi de la République ? Par deux fois il a risqué sa vie pour celle-ci, et la dernière fois plus encore que la première. De plus, sa sœur et son neveu sont morts lors des événements. Pourtant il fut, il est et il restera fidèle à la République à jamais.

Ma chère Marianne, nous savons toutes deux, au plus profond de notre cœur, que ce n’est pas un traître. Il est tard, le soleil se couche et je n’ai plus de feu. Je suis désolée mais le temps me manque. Renvoie-moi des nouvelles au plus vite. Je te promets que je n’ai rien dit sur notre correspondance.

Cordialement,
Anne-Marie

 

À Lens, le 28 novembre 1793

Anne-Marie,

Je suis désolée mais je n’ai reçu ta dernière lettre qu’hier tant il y a eu de tumultes. Chacune des lettres sont ouvertes et lues puis elles sont seulement redistribuées ensuite dans les différentes maisons. Cette lettre te parviendra donc grâce à un fidèle ami qui monte à Paris pour affaire.

Ta lettre m’a fort émue et désormais je crois en l’innocence de Louis. Je suis même arrivée à persuader mon mari de son innocence, grâce aux informations que tu m’as données dans ta lettre. Mon époux va lui constituer une défense solide et lui éviter la guillotine, j’en suis sûre.
Il y a trois jours, il a signé un document disant qu’il était coupable, mais tous savent qu’il est illettré. Nous espérons que cela jouera en sa faveur.

Certes, Joseph Lebon aimerait qu’on le guillotine pour l’exemple mais rien n’est joué. Nous avons des témoignages attestant de sa participation à la révolution.

Ne perds pas confiance, la justice est impartiale. Ne me réécris pas avant plusieurs mois. Si dans le pire des cas,si l’on découvre nos lettres, ton oncle risque la peine capitale sans même que le jugement soit rendu, et mon époux de perdre son travail et d’être condamné à la prison à perpétuité.

Prends soin de toi, je t’en conjure ; si le verdict est rendu avant ta prochaine lettre, je te l’enverrai.

À bientôt ma très chère amie.

Affectueusement,
Marianne

 

À Paris, le 14 mars 1794

Chère Marianne,

Comme tu me l’avais demandé, j’ai attendu quelques mois mais je ne tiens plus. J’ai si peur. Je me sens continuellement épiée. À Paris, c’est un sentiment de terreur que tous nous ressentons, rien n’est plus comme avant. Nous souhaitions la liberté et l’égalité ; or, tout ce que nous avons, c’est la tyrannie ! La vie est pire que sous la monarchie !
Je crains d’être sur la liste des suspects.

Mais venons-en au plus important, à ce qui m’occupe jour et nuit : et mon oncle ? Quand le verdict sera-t-il rendu ? Pourquoi est-ce si long ? Est-ce normal ?

J’en oublie mes bonnes manières, je ne parle que de moi… j’espère que vous, vous vous portez au mieux.

Je me sens tellement mal, je ne sais pas si je pourrais tenir encore très longtemps. Que sera ma vie si on le guillotine ou même si je ne peux plus le voir ? Il est ma dernière famille, mon frère Jean a perdu la vie le jour de Noël. La seule chose qui me permet d’être encore en vie, c’est l’espoir de pouvoir un jour serrer à nouveau mon oncle Louis dans mes bras.

Mes yeux pleurent sans que je puisse les sécher, pendant que j’écris cette lettre. Il m’est impossible de continuer.

Très affectueusement,
Anne-Marie.

 

À Lens, le 22 mars 1794

Anne-Marie,

Nous te présentons toutes nos condoléances pour ton frère. La vie ne t’épargne guère en ce moment.
C’est avec une grande tristesse que je t’écris cette lettre, les nouvelles ne sont guère bonnes et je ressens pour toi une peine immense.

Je tiens d’abord à te dire que mon époux et moi avons fait tout notre possible, que nous avons travaillé des nuits entières sur ce dossier. Peut-être est-ce grâce à cela que ton oncle ne sera pas guillotiné… mais nous n’avons pu lui éviter la déportation à vie.Tu sais, il a été déporté mais il aurait pu être guillotiné sur la place publique. Il est fort, je suis sûre qu’il s’en sortira très bien, même loin de notre pays!

Si tu le désires, viens passer quelques jours chez nous, nous t’aiderons à surmonter cette énième épreuve que la vie te fait endurer.
Sur ces dernières paroles, nous espérons te voir prochainement.

Très affectueusement,
Marianne

 

À Paris, le 30 mars 1794

Madame et monsieur Dupond,

Je suis le voisin de Mademoiselle Flament.
C’est une horrible nouvelle dont je dois vous faire part. Il me semble que vous êtes sa seule famille, donc je me dois donc de vous l’apprendre : hier soir, comme à mon habitude, je venais lui apporter le pain, car, depuis quelque temps, elle ne sortait plus. Et là, je l’ai découverte inanimée, gisante sur le sol! Mon cœur s’est comme arrêté de battre.

Elle a été pour moi une amie sincère et ce qu’elle a fait me déchire le cœur car, pour ne rien vous cacher, mes sentiments pour elle allaient bien au-delà de la simple amitié ; j’avais même dans l’intention de la demander en mariage.

La seule chose qu’elle ait laissé, c’est un mot que je vous retranscrit ci-dessous :

Je vous présent mes plus sincères condoléances Madame et Monsieur Dupond, et je partage votre peine.

Cordialement,
Albert Déprès

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Vue en coupe d'un pont sous-marin.

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