Le 11 juin 1917 : la carte du pain

Le 11 juin 2017

En ces temps de guerre, les denrées premières comme le sucre, le beurre, la viande, le lait et le pain tendent à devenir rares. Afin de limiter tout abus, le gouvernement met en place des cartes de rationnement. L’objectif est d’éviter le double emploi et le gaspillage au profit des soldats "héroïques" restés au front. En 1916, le beurre et le sucre sont déjà concernés par un tel dispositif.

La distribution de ces cartes est l’occasion d’établir des listes nominatives des habitants, répartis en six catégories pour les tickets de rationnement :

En réalité, la ration de pain est maintenue pour les travailleurs dont les besoins en calories sont primordiaux pour assurer le travail quotidien, et réduite pour les personnes jugées les moins actives de la société (enfants, vieillards ou encore intellectuels).

Le pain fait quant à lui partie intégrante de l’alimentation de base des Français. L’année 1916 marquée par de mauvaises récoltes contraint la population à consommer du pain noir ou à recourir au marché noir. En 1917, Maurice Violette, alors ministre du Ravitaillement, annonce la mise en place de nouvelles mesures de restriction sur les farines, les pâtisseries et la viande.
Par la loi du 8 avril, le gouvernement rend obligatoire l’adoption d’une recette standard, par un mélange de farines de succédanés (seigle, orge, mais, sarrasin) à la farine de froment. Tout est régi, de la fabrication à la consommation. Cultivateurs, meuniers, boulangers et pâtissiers subissent de plein fouet ces mesures, le tout sous le contrôle des maires. Le boulanger n’est pas autorisé à vendre du pain sans ticket ou contre des bons périmés. La quantité ne peut excéder celle mentionnée sur le ticket. En cas d’infraction, les responsables encourent une amende de 16 à 2 000 francs, voire une peine d’emprisonnement de 6 jours à 2 mois.

Le décret du 25 février 1917 interdit la vente de pain frais, jugé trop appétissant : 12 heures doivent s’écouler entre la sortie des pains du four et leur vente. Depuis le début de la guerre, plus un croissant ne doit entrer dans les vitrines des boulangeries. Une autre loi du 6 avril 1917 prohibe la fabrication et la vente de toute pâtisserie fraîche, c’est-à-dire de celle qui doit être consommée dans les quatre jours suivants la confection. Seule la vente de gâteaux à base de fécule de pommes de terre ou crème de riz est autorisée.

Les enfants âgés de 16 mois à 15 ans ont ainsi droit à une ration quotidienne de 300 grammes de pain, les travailleurs à 700 grammes et les autres adultes, à 600 grammes. En 1918, les rations se réduisent encore, avec 100 grammes de pain attribués aux enfants jusqu’à trois ans. Il faudra attendre avril 1919 pour que ces mesures puissent être levées.

DESVRES. – Un document intéressant

La carte du pain

M. le Maire de Desvres a réuni les boulangers à l’hôtel de ville qui se sont rendus tous à la convocation.
M. le Maire leur a expliqué le fonctionnement de la carte de pain, nécessaire à plusieurs titres, entr’autres pour réserver à Desvres, les farines attribuées, en répartir la consommation, selon les situations des familles.

Il a donné lecture et commenté l’arrêté que nous publions ci-dessous qui a été unanimement approuvé.

Nos informations nous apprennent que M. le Maire a même donné quelques enseignements et conseils très utiles, sur l’art de fabriquer le pain.

Arrêté

Le Maire de la ville de Desvres, conseiller général,
Vu le décret du 9 février 1917, et la loi du 8 avril 1917 ;
Vu le décret du 3 mai 1917 ;
Vu la lettre préfectorale du 25 mai 1917 ;
Vu la loi du 5 avril 1884 ;

Attendu, qu’en raison des difficultés du ravitaillement en blé, il y a lieu de prendre des mesures de prévoyance pour assurer jusqu’à la prochaine récolte, une moyenne journalière de pain à la population.

Que ces mesures sont d’autant plus nécessaires que dans la séance de la Chambre des députés du 24 mai 1917, le ministre du Ravitaillement disait : En ce qui concerne cette question du blé, si elle n’est pas résolue encore pour la soudure, elle ne pourra être résolue, je le dis très nettement, qu’avec une certaine chance. Si nous avons de la malchance, il y aura des heures extrêmement difficiles. Il faut le déclarer, puisque c’est la vérité

Attendu qu’il ne faut pas compter sur la chance.

Qu’il y a au contraire un intérêt très grand à, dès aujourd’hui, régler la consommation journalière jusqu’à la soudure en tenant compte des quantités réduites de farine attribuées à la ville de Desvres et de les répartir entre chaque foyer de façon à assurer un minimum indispensable de pain.

Attendu en outre, que la vente du pain à la carte, donne la meilleure façon de conserver pour la consommation desvroise les farines qui lui sont attribuées.

Que ces mesures de restriction nécessaires procureront des économies qui assureront le complet ravitaillement des armées en pain, que c’est là pour la population desvroise un bien léger sacrifice en comparaison des efforts héroïques de nos soldats dont nous voulons tous assurer les besoins.

Arrêté

La vente du pain aura lieu sur le territoire de la ville de Desvres à l’aide d’une carte familiale.

Ces cartes indiqueront la composition de la famille (nom, âge, profession), la quantité de pain attribuée par jour au foyer.

Il sera tenu compte pour leur établissement, des considérations suivantes :

Il n’y aura pas d’attribution pour les enfants jusqu’à l’âge de 15 mois. Ceux de 16 mois à 15 ans recevront 300 grammes par tête. Le reste des disponibilités sera attribué aux membres de la maison selon leur situation et leurs travaux.

Il est normal qu’un chef de famille qui pourra trouver un aliment de complément pour compenser la réduction de son attribution, voit celle-ci plutôt réduite et celle du manouvrier augmentée afin que chacun puisse trouver, suivant sa position, le nombre de calories nécessaires à son travail.

Ces quantités attribuées seront représentées par des cartes tickets de 1 kilo et de 500 grammes annexées à la carte, et fournies pour une même période, il appartiendra au chef de famille d’en régler la dépense journalière afin de passer le mois.

Il est interdit aux boulangers de vendre du pain aux demandeurs non munis de la carte et sans recevoir en échange un nombre de tickets correspondant au poids de la fourniture vendue.

Les quantités de farine attribuées au maire seront distribuées par ses soins aux boulangers de la localité pour être transformées en pain, en proportion de leur fabrication actuelle.

Ces fournitures seront renouvelées aux boulangers à mesure des arrivages de farine dans la proportion des tickets échangés par eux.

La vente par quartiers et par boulangeries désignées n’est pas obligatoire, les habitants se fourniront chez les boulangers de leur choix, afin que soit maintenu le stimulant de la concurrence dans la fabrication.

Il est interdit aux boulangers de distraire de leurs attributions la plus petite quantité soit de farine, soit de pain.

Toute infraction au présent arrêté relevée contre un boulanger, lui supprimera les attributions ultérieures de farine.

En outre des contraventions seront relevées pour manquement à l’exécution du présent arrêté et poursuivies conformément aux lois.

La gendarmerie, les agents de police sont chargés de l’exécution du présent arrêté.

Desvres, le 10 juin 1917.

Le Maire, Conseiller général,
V. LENGAGNE.

La France du Nord, lundi 11 juin 1917. Archives départementales du Pas-de-Calais, PG 16/96.

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