Le général Pershing de passage à Boulogne
Mercredi matin, vers neuf heures et demie, la malle de Folkestone Invicta accostait au quai de débarquement de la gare maritime.
À bord se trouvaient le généralissime américain et sa suite, composée d’environ cent cinquante officiers et ordonnances.
Le général Pershing, venant d’Angleterre, était attendu depuis quelques jours déjà par les autorités.
Dès huit heures et demie du matin, les 7ième et 8ième territoriaux en garnison à Boulogne, tout flambant neuf, en uniforme bleu-horizon et bourguignote en tête, accompagnés de la musique militaire, s’étaient rendus sous les marquises de la gare maritime.
Un fort détachement de marins rendait également les honneurs.
Le bateau aussitôt à quai, les autorités civiles et militaires françaises et alliées montèrent à bord.
M. Besnard, sous-secrétaire d’État à la Guerre, délégué par le gouvernement, après les présentations d’usage, au nom du gouvernement salua le général Pershing.
M. Briens, préfet du Pas-de-Calais, lui a offert le salut des populations du Pas-de-Calais. Il a exprimé sa fierté de pouvoir acclamer, en sa personne, la noble nation américaine magnifiquement dressée contre la Barbarie menaçant le monde et dont les valeureux soldats combattront demain à côté des nôtres, pour la liberté et l’indépendance des peuples.
La France accueille de tout son cœur les petits-fils de Washington venant, avec l’idéal le plus élevé, mêler leur sang généreux à celui des nations alliées pour assurer à jamais le rayonnement de la Justice, le triomphe de l’humanité.
Puis le général Dumas, commandant la Région en termes très applaudis, a offert le salut cordial de l’armée.
Des généraux, représentants du maréchal Joffre, du général commandant en chef des armées du Nord et du Nord-Est ; l’amiral Ronarch ; le général Peltier, attaché à l’état-major américain ; des officiers généraux anglais, ont à leur tour, exprimé leurs souhaits de bienvenue.
Le général Pershing répondit à tous, en anglais, par quelques mots dictés par les circonstances.
Pendant que cette cérémonie se déroulait à bord, la musique militaire avait entamé l’hymne américain, suivi de notre martiale "Marseillaise".
La gare maritime était pavoisée de mille drapeaux aux couleurs des Alliés que dominait le drapeau américain aux multiples étoiles.
Inutile de dire que les autorités civiles et militaires étaient en grande tenue et au grand complet.
Outre les autorités déjà mentionnées, nous avons remarqué M. Whitman, consul des États-Unis, M. le général Peltier, un glorieux mutilé, délégué aux armées américaines, l’amiral Ronarch, M. le gouverneur, colonel Daru, M. le colonel Meunier, président du conseil de guerre de la Région du Nord. M. le colonel Villette, commandant la gendarmerie, M. le président du tribunal Desfontaine, M. Certeux, sous-préfet de Boulogne, M. Valleins, commissaire spécial, M. Kind, commissaire central, MM. Vieillard et Pellocq, commissaire d’arrondissement, et d’autres et d’autres…
Notons également la présence d’une nuée de journalistes américains et parisiens, voire même des photographes et cinématographistes plus ou moins officiels.
Accompagné de M. Besnard, des généraux Dumas, Peltier, de l’amiral Ronarch et d’autres officiers supérieurs, le général Pershing passa en revue les troupes de la garnison qui rendaient les honneurs.
Et encore une fois, nous entendons l’hymne américain et la "Marseillaise".
Le général Pershing ayant manifesté le désir de faire un tour en ville, monta en auto, accompagné des autorités et alla au Château.
Après cette petite promenade, le général Pershing revint prendre le train spécial qui était garé, près de la gare maritime, sur le quai Chanzy.
M. Frot, inspecteur principal de la Cie du Nord, avait été chargé de l’organisation de ce train et il s’acquitta de sa tâche avec une compétence qu’il nous faut reconnaître.
Une foule énorme et sympathique, parmi lesquelles, les autorités, salua une dernière fois le général Pershing et la suite quand le train s’ébranla vers onze heures et demie pour se diriger sur la gare centrale et sur Paris où il arrivera dans le courant de l’après-midi.
Le service d’ordre a été parfait sous la direction de M. Valleins, commissaire spécial. La gendarmerie, la police municipale aidée de la police anglaise, ont coopéré à ce service avec beaucoup de tact.
Favorisée par un temps superbe, cette réception au cours de laquelle, il n’y eut aucun incident, dut impressionner par sa spontanéité et son enthousiasme le généralissime américain.