Archives - Pas-de-Calais le Département
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Un document à l’honneur
"À vous, mes chers camarades défunts !" Gardelegen (Allemagne), avril 1945

À l’occasion de la parution, le 10 septembre 2020, du Livre des 9 000 déportés de France à Mittelbau-Dora, un projet piloté par le Centre d’Histoire et de Mémoire de La Coupole qui retrace l’histoire complète de chacun des déportés de France passés par le camp de concentration de Mitelbau-Dora, son directeur scientifique, Laurent Thiery, a bien voulu présenter un document inédit, conservé sous la cote 51 J 26, aux archives départementales du Pas-de-Calais."À vous, mes chers camarades défunts !". Tel est le titre d’un document isolé, retrouvé au sein du fonds Fernand Lhermitte (51 J), actuellement en cours de vérification par les archives départementales du Pas-de-Calais. Il s’agit de la retranscription en allemand d’un discours prononcé par Gabriel Gey, très probablement quelques jours seulement après l’une des dernières tragédies de l’histoire du nazisme.Parcours de Gabriel Gey, résistant déportéNé le 8 décembre 1915 à Vaugneray (Rhône), Gabriel Gey devient officier pilote à Air France, après l'armistice de juin 1940. Il entre en résistance en 1942, au sein du mouvement Libération du Var, puis du réseau Gallia. Arrêté le 11 mai 1943 par la Gestapo à Toulon, il est déporté le 6 décembre 1943 dans un transport d'une cinquantaine d'hommes, tous étiquetés Nacht und Nebel ("Nuit et Brouillard") à destination du camp de Sarrebruck-Neue Bremm. Le 28 décembre, il est transféré vers celui de Buchenwald et immatriculé 5 297, avant d’être envoyé, le 22 janvier 1944, au Kommando du tunnel de Dora. Les travaux pour y installer une usine souterraine destinée à la fabrication de fusées A4-V2 ont commencé cinq mois auparavant.En août 1944, il est affecté au camp annexede Wieda : ce village de la vallée du sud du Harz est le siège de la SS Baubrigade III. Le rôle de cette "brigade volante" est la construction du Helmetalbahn, une nouvelle ligne ferroviaire devant rejoindre Herzberg et Nordhausen par Osterhagen, Mackenrode et Nüxei. Gabriel Gey passe à Mackenrode, puis à Nüxei, où il se trouve encore lors de l'évacuation de Wieda et de ses trois sites, le 7 avril 1945. Il est l'un des 300 hommes partis en train, mais il réussit à s'en évader, le 11, à Letzlingen, lorsque le convoi est immobilisé par une attaque aérienne.Gabriel Gey n'est rapatrié en France par avion que le 25 juillet 1945, car il est resté à Gardelegen, engagé par les troupes d'occupation américaines pour participer à la police routière. Il passe par le centre d'accueil du Lutetia à Paris comme beaucoup de déportés.La "marche de la mort" des déportés de Mittelbau-Dora  Contrairement à ses nombreux camarades du camp de Wieda, Gabriel Gey a échappé au massacre de la grange de Gardelegen, perpétré par les SS le 13 avril 1945, à quelques heures de l’arrivée des Américains.Aujourd’hui rattachée au Land de Saxe-Anhalt, la ville se trouve, en avril 1945, à proximité de l’axe de progression de colonnes de déportés, parties principalement du camp de Mittelbau-Dora et ayant pour objectif le franchissement de l’Elbe. Ces "marches de la mort", qui résultent de l’évacuation des principaux camps nazis à l’approche des troupes alliées, ont été ordonnées depuis la sphère centrale de commandement de la SS à Berlin. Pour les nazis, elles ont deux objectifs principaux :d’une part, conserver à tout prix la force de travail constituée par les déportés pour assurer la victoire du Reich et,d’autre part, protéger les civils allemands des localités proches des camps d’éventuelles représailles de ceux qui sont présentés par la propagande nazie comme des "terroristes" et criminels.Deux premières colonnes, parties le 4 avril de Niedersachswerfen (400 hommes) et d’Ellrich (1 100 hommes), finissent par arriver, six jours plus tard, en gare de Mieste. Les survivants sont rejoints par 400 malades évacués du Kommando de Stöcken qui dépend du camp de Neuengamme, situé près d’Hambourg. Le 11 avril, une nouvelle colonne est reformée et prend la route de Gardelegen.Dans le même contexte, les détenus du camp de Wieda partis le 6 avril arrivent en gare de Letzlingen, le 11. Une attaque aérienne cause la mort de nombreux déportés et beaucoup, comme Gabriel Gey, parviennent à s’enfuir. Une véritable chasse à l’homme est engagée par les SS et tous les Allemands volontaires. Dans la soirée, les repris sont dirigés vers Gardelegen.Le massacre de la grange de GardelegenPlus d’un millier d’hommes de toutes nationalités convergent donc vers la ville, où ils arrivent le 12, et y sont enfermés dans le manège de l’ancienne école de cavalerie. Le drame qui va se jouer ressort de la responsabilité de plusieurs acteurs.D’abord les SS, et en particulier Erhard Brauny, ancien commandant du camp de Rottleberode, qui encadre la colonne arrivant de Mieste. Mais surtout, le Kreisleiter de Gardelegen, Gerhard Thiele, personnage tout puissant du secteur et nazi convaincu. Dès l’arrivée des prisonniers, Thiele veut obtenir des SS que les déportés soient fusillés. Mais dans l’après-midi, ces derniers disparaissent.Le soir même du 12 avril, il se rend à la réception organisée pour le gratin nazi au château d’Isenschnibbe. Sa propriétaire aurait alors proposé d’utiliser une de ses granges abandonnée, pour y conduire les déportés et y mettre le feu. Thiele l’accepte. Le vendredi 13 avril, de la paille imbibée d’essence y est déposée. Vers 19 heures, la colonne de détenus prend la direction de la grange où ils sont enfermés avant que le feu ne soit allumé…C’est le lendemain, le samedi 14 avril, vers 17 heures, que le drame est découvert par une douzaine de détenus évadés, dont très probablement Gabriel Gey et ses trois camarades présents lors de son allocution. Les Américains sont horrifiés par ce qu’ils découvrent le 15 et menacent de détruire la ville de Gardelegen. Tous les hommes sont réquisitionnés pour venir relever les corps des 1 016 victimes. Seules 305 sont identifiables. On compte huit rescapés, dont trois Français. Sur ordre des Américains, des tombes individuelles sont creusées et ornées d’une croix en bois. L’inhumation est terminée le 25 avril et se conclut par un office religieux et les honneurs militaires.Discours de Gabriel GeyMais que nous disent Gabriel Gey et ce document, 75 ans après les faits ? Non daté précisément, le ton du discours semble correspondre à un au revoir : Nous allons maintenant nous éloigner de vos tombes. Sans aucun doute, il précède le rapatriement de Gabriel Gey et des survivants qui l’accompagnent lors de ce moment d’ultime recueillement.Après sa libération, Gey s’est engagé au service des troupes américaines. C’est probablement pourvu de cette nouvelle autorité qu’il se pare du titre de "chef des déportés français à Gardelegen". Ces fonctions vont retarder son retour en France qui n’intervient que le 25 juillet 1945, soit plusieurs semaines après la grande majorité des déportés français du secteur. On peut donc estimer que ce discours a été prononcé peu de temps avant cette date, autour du 20 juillet.Également déportés au camp de Mittelbau-Dora et affectés au Kommando Wieda, Maurice Delahaye et André Duvauchelle ont connu une fin de parcours similaire à celle de Gabriel Gey. Âgé de 24 ans en 1945, Maurice Delahaye était boucher, à Dieppe (Seine-inférieure) lorsqu’il tente, en 1943, de passer en Espagne pour rejoindre l’armée du général de Gaulle en Afrique du Nord. Arrêté, il est déporté en septembre 1943 à Buchenwald, puis à Dora, matricule 20 472. Son retour tardif en France est dû à une grave infection des yeux. Il meurt à Dieppe en 2002. André Duvauchelle est originaire du Pas-de-Calais. Né le 28 août 1905 à Harnes, il fait partie des 244 mineurs déportés en juillet 1941, en représailles à la grande grève organisée dans le bassin minier en mai-juin. Transféré à Buchenwald et Dora en septembre 1943, on ne connaît pas les raisons de son rapatriement tardif, mais c’est probablement une conséquence de son état de santé. André Duvauchelle est décédé dès avril 1949 à Fouquières-lès-Lens, des suites directes de sa déportation. Il avait 44 ans.Monitz, le troisième camarade de Gabriel Gey, n’a pu être identifié.  Gabriel Gey salue l’engagement de ses camarades, morts pour la France et "pour le général de Gaulle". Jacques, en réalité Lucien Chèvre (matricule 41785 à Dora), originaire de Dordogne, s’était ainsi engagé dans la Résistance au sein du mouvement Combat en 1942. Alphonse Boucard, né en 1908 et originaire de Joué-lès-Tours en Indre-et-Loire, appartenait au réseau Darius dans le groupe Jean de la Lune région Touraine depuis mai 1942. Enfin, Paul Méchin avait 21 ans quand il est arrêté, en 1943, comme membre d’une unité de parachutage du réseau SOE Pascal / Buckmaster. Tous les trois ont péri lors de cette tragique "marche de la mort".Les recherches menées par La Coupole sur les déportés de Dora ont permis d’identifier 75 Français parmi les victimes de la grange de Gardelegen. La quasi-totalité était des résistants. Simon Sakoun, garçon de café dans le prestigieux établissement du Fouquet’s, situé sur l’avenue des Champs-Élysées, en faisait partie. Il avait été déporté du camp de rassemblement de Drancy dans un convoi de la Shoah dirigé vers le centre de mise à mort d’Auschwitz en janvier 1944. Il avait survécu à une première évacuation meurtrière en janvier 1945 pour arriver à Dora. La seconde lui a été fatale.Vengeance et reconnaissanceConfronté à cette tragédie et devant les dépouilles de ses camarades assassinés, Gabriel Gey en appelle à la vengeance. Lancée par les services de recherches des criminels de guerre US, l’enquête permet l’arrestation d’Erhard Brauny. Condamné à la perpétuité par un tribunal militaire américain, il meurt en 1960. Gerhard Thiele échappe, lui, aux poursuites et décède en 1994 sous une fausse identité.Au-delà d’un profond sentiment de haine à l’égard de ses bourreaux et de leurs complices qui apparaît parfaitement légitime, le texte de Gabriel Gey fait preuve d’une étonnante lucidité et d’une grande hauteur d’esprit. Loin de faire un amalgame et de généraliser l’attitude du peuple allemand dans son ensemble, il tient à rappeler l’aide salvatrice de quelques familles allemandes :Nous autres, Français, garderons toujours dans notre cœur le souvenir de leur accueil amical et serviable. Après les évasions survenues en gare de Mieste et de Leztlingen, de nombreux déportés ont dû se cacher en attendant l’arrivée des Américains. Alors que beaucoup de civils fanatiques, notamment les plus jeunes, participaient activement aux "battues" lancées par les SS, certains foyers se sont ouverts et ont constitué un refuge.C’est le cas des Wendt, de Gardelegen, cités dans le texte de Gabriel Gey. Un courrier adressé, en avril 1951, par O. (Oskar ?) Wendt au ministère des Anciens Combattants français et destiné à renouer le contact avec Gabriel Gey, revient sur les circonstances de ces faits [note 1]. Selon lui, il avait, "peu de temps avant la fin de la guerre, rencontré dans un bois près de Gardelegen cinq déportés français qui venaient de s’évader". Pendant quatre jours, précise-t-il, il les a cachés et nourris avant de les conduire dans la ville libérée par les Américains. Prise malgré les risques encourus, l’initiative de la famille Wendt a très probablement joué sur la perception de Gabriel Gey et son besoin incommensurable de rappeler que "l’Allemagne" a elle aussi été victime de meurtriers.Soixante-quinze-ans après la découverte du système concentrationnaire et l’ouverture des camps nazis, ce document nous rappelle que les rescapés des camps de la mort ont été les précepteurs et les principaux acteurs de la réconciliation avec l’Allemagne et de la construction européenne.separationNotes[note 1] Dossier "déporté résistant" de Gabriel Gey, 21p614495, SHD-DAVCC, Caen.

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  • Exposition Sur le chemin de l’école jusqu'au 20 novembre
    Les archives départementales du Pas-de-Calais vous proposent une exposition qui, en prenant appui sur des documents écrits ou illustrés provenant des collections départementales, municipales et privées, présentera les grands traits d’une histoire qui nous concerne tous, celle de l’éducation.La question de l’instruction publique est un enjeu politique depuis la Révolution ; les révolutionnaires reconnaissant très tôt la nécessité d’une intervention de l’État en la matière. L’ambition de donner aux enfants l’instruction nécessaire à des hommes libres conduit peu à peu à une démocratisation de l’éducation et l’idée d’une école unique fait son chemin jusqu’au grandes lois du XIXe siècle. Avec Jules Ferry, l’école devient obligatoire, gratuite et laïque. Commencent alors les grands débats sur la liberté d'enseignement et sur la laïcité qui marqueront le XXe siècle. L’exposition évoque également la nostalgie de la récréation et des livres pour enfants du siècle dernier.Les écoles Brisse et Montesquieu de Dainville fêtant leur cinquantenaire, une partie de l’exposition leur est consacrée. Un poste informatique permet aussi de rechercher sa photo de classe.L’exposition est accessible en visite libre dans la hall des archives départementales jusqu’au 20 novembre aux jours et heures d’ouverture de la salle de lecture.Une salle de classe au temps de Jules Ferry est reconstituée pour l’occasion grâce au prêt de mobiliers conservés par l’École-Musée de Boulogne-sur-Mer. Elle sera présentée (dans le hall du premier étage) jusqu’au 2 octobre. 
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  • 5 octobre 2020 : Indisponibilité des Archives numérisées et inventaires
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