Archives - Pas-de-Calais le Département
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Fermeture de la salle de lecture du centre Mahaut-d'Artois les 8 et 13 décembre

La salle de lecture du centre Mahaut-d'Artois (Dainville) sera fermée les jeudi 8 et mardi 13 décembre 2022 pour raison de service.
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Petit meurtre en famille

Tu n’es pas sorcier, toi, car tu es passé par-dessus, mais ta sœur Magdeleine Salmon n’a pu y passer, ni entrer dans la maison.Tout en s’adressant ainsi à son oncle Antoine Salmon, François Deguillage lui montre un balai, posé sur le seuil de sa porte : par ce simple geste, il scelle le destin de leur parente, Marie-Madeleine Salmon, qu’ils décident dès lors d’assassiner, du moins, si l’on en croit l’arrêt de la cour d’assises du Pas-de-Calais, du 30 mai 1817, le condamnant à mort (consultez l'intégralité de l’arrêt).La chasse aux sorcièresLa chasse aux sorcières est un phénomène commun à tous les pays d’Europe, du Moyen Âge au XVIIIe siècle. De nombreux témoignages, émanant de la France entière, évoquent des procès intentés pour sorcellerie. Mais, c’est dans le Nord, l’Est, le Languedoc, le Sud-Ouest et la Normandie qu’ils se concentrent, au Moyen Âge ou sous l’Ancien Régime. Le peuple croit fermement que certains événements malheureux et inexplicables (maladies, morts, conditions climatiques) sont le résultat de sortilèges et que la magie découle d’un pacte conclu avec le diable et ses démons.Mais comment expliquer cette croyance ?Elle doit être resituée dans son contexte. Les mœurs sont dures (l’exécution publique est encore le "spectacle" du peuple) et la crédulité grande (le merveilleux est admis par tous). Face à la misère, aux ravages causés par les guerres incessantes (notamment celle de Cent Ans) et aux épidémies, les hommes éprouvent le besoin d’une consolation qu’ils trouvent dans le surnaturel ; ce qui explique une sur-fréquentation des églises, mais aussi les déviances, notamment sectaires et occultes. Le sentiment d’injustice et la souffrance profonde du peuple réclament un coupable ; le bouc émissaire est vite trouvé et engendre des abus en tous genres. Car la caractéristique commune à tous ces procès est sans nul doute la vengeance. L’accusation de sorcellerie est la manière la moins risquée de se débarrasser d’une personne gênante.C’est notamment le cas dans la célèbre "vauderie" d’Arras où, en 1459, vingt-neuf notables de la cité sont condamnés à de lourdes peines (dont douze brûlés en place publique). Il faut attendre le 20 mai 1491 -  presque trente ans plus tard ! - pour que le Parlement de Paris casse le procès et réhabilite collectivement les vaudois d’Arras.L’affaire Marie-Madeleine SalmonSous l’influence des Lumières, la chasse aux sorcières disparaît peu à peu au XVIIIe siècle. Pourtant, malgré l’évolution des mœurs, cette croyance reste fortement ancrée dans les campagnes, où le niveau d’instruction demeure faible, voire inexistant.Les lieuxL’assassinat de Marie-Madeleine Salmon, en 1816, illustre bien ce propos. Dans ce premier quart du XIXe siècle, Landrethun-lès-Ardres est un petit village (472 habitants en 1815), avec une population, dispersée en plusieurs hameaux, essentiellement agricole et artisanale. Récemment installés et originaires de la commune voisine de Clerques, les Salmon sont en général qualifiés de ménagers ; Antoine-François Salmon est balotteur (marchand ambulant) et son frère aîné Charles, charretier et bûcheron. Fils d’un maçon de Wizernes, François-Joseph Deguillage est, lui, cordonnier, tandis que son beau-père était berger. Tous vivent modestement, avec quelques terres, provenant pour certaines du partage du riez communal au Rapoye (ou Rappoy) du Val. Aucun des protagonistes de l’affaire ne sait écrire ni même signer – au point que le nom de Deguillage est orthographié différemment dans chacune des communes dans laquelle il séjourne (Degulliage, Desguilliage, Lequillace, Dhéguillasse, Diguillos, Léguillage, etc.).Les protagonistesLes acteurs de cette tragédie sont de proches parents et vivent côte à côte : Antoine Salmon est le frère de Marie-Madeleine (dite "Codin", un "dindon" en picard), elle-même cousine issue de germain de Marie-Thérèse-Prudence Salmon, la femme de François Deguillage. Et comme les possibilités d’exogamie sont réduites dans les campagnes, les deux femmes sont encore liées par d’autres alliances familiales (Antoine a épousé une tante maternelle de Prudence et son frère Charles une sœur de cette dernière).Jusqu’au décès de leur père en janvier 1811, les Salmon paraissent avoir vécu en bonne intelligence (en "estime" et "amitié", selon les termes de l’acte de partage des biens paternels). Marie-Madeleine, qui s’en est occupée, conserve la maison d’habitation, une "vieille" et "chétive" chaumière avec étable. Elle se marie en juin avec un tailleur d’habits de Bonningues-lès-Ardres, Charles Havart, mais est veuve dès le 26 juin 1813 ; le 23 décembre 1814, toutefois, elle donne naissance à Marie-Élisabeth, fille naturelle d’un ancien conscrit, maintenant marié à Louches et estimé.Son frère aîné, Charles, est retourné à Clerques en juin 1805, à la suite de son second mariage. Le 13 septembre 1809, sa belle-sœur épouse François Deguillage. Les deux couples demeurent au sein d’une grande ferme située au lieudit du Hamel, qu’ils partagent avec d’autres cousins ; le 30 décembre 1815, toutefois, François Deguillage échange sa part avec une maison (chambre sans plancher, une cheminée au milieu), naguère construite au Val de Landrethun par le troisième frère Salmon, Jacques, disparu quelques années auparavant.Le benjamin, Antoine, demeure lui aussi au Val (tandis que la dernière, Florentine, a suivi son mari à Louches). Il semble être le plus aisé des cinq ; mais c’est une accusation de vol (de deux chemises et d’une paire de bas), proférée contre lui par sa sœur aînée, qui est à l’origine de leur discorde. Pourtant, ce qui paraît au départ une banale querelle domestique se transforme bientôt en une haine profonde, dont il faut chercher les raisons ailleurs. En effet, si la natalité est élevée à cette époque, le taux de mortalité est lui aussi considérable. Sur les six enfants d’Antoine Salmon et de Marie-Josèphe Allen, seuls deux atteignent l’âge adulte (les autres décèdent tous avant leur premier anniversaire). De même, les quatre enfants de François Deguillage et de Prudence Salmon meurent en bas âge. Et pour les deux pères, la raison de ces décès devient bientôt évidente : il s’agit de mauvais sorts jetés par Marie-Madeleine.Le meurtrePourtant, d’autres raisons plus prosaïques peuvent expliquer cette surmortalité : les épidémies et épizooties sont encore très présentes, l’hygiène et la salubrité sont plus que précaires en milieu rural et la médecine semble davantage relever de superstitions et de connaissances empiriques que de résultats scientifiquement prouvés.On ne peut qu’imaginer ce qui pousse les deux hommes à attribuer ces morts à la magie, mais ce qui semble sûr, c’est qu’une fois la relation établie dans leurs esprits, les preuves abondent dans ce sens, telles que le "test" du balai posé en travers du seuil de la maison, qui est censé bloquer le passage à la sorcière. La piété religieuse est encore singulièrement naïve en ce début du XIXe siècle. Il n’est pas rare de penser que la récitation de telle prière entraîne une efficacité automatique ou de voir collées sur les portes des chaumières des images de bois de saints protecteurs. Les événements incompréhensibles sont toujours expliqués par la magie et le merveilleux.À l’automne 1816, cinq mois à peine après le décès du dernier-né de François Deguillage, Jean-Louis, la maladie de son frère aîné, Jean-Baptiste (seul enfant encore vivant) semble précipiter le complot, avec la logique suivante : si l’on supprime la source du mal, les sortilèges cesseront et le garçon recouvrera la santé. Le 9 octobre, François décide de se défaire par le poison de ladite Magdeleine Salmon, et [engage] même Antoine Salmon de lui en rapporter de Calais, où il [doit] aller le lendemain. Pour une raison inconnue, le projet n’aboutit pas. Mais il est mis à exécution dès le 15, vers 9 heures du soir : attirée à la nuit tombée par François sur le chemin du Val à Licques, le long du bois du Beaufort, pour y couper des verges (sans doute illégalement), Marie-Madeleine est étourdie par son frère avec un bâton, puis tuée de trente-deux coups de couteau, aux mains, aux bras, à la figure, sur la poitrine et au côté (pour les détails de l’embuscade, d’après l’audience du 30 mai 1817, cliquez ici).ÉpilogueLe lendemain de l’assassinat, François Deguillage prend la peine de faire la déclaration de décès en mairie. Mais les soupçons ne tardent pas à se porter sur Antoine, que tous savent en conflit avec sa sœur. Les deux hommes sont arrêtés et interrogés par le juge de paix du canton ; les témoignages les accablent, jusqu’à celui de Prudence, qui avoue, le 30 octobre, pour se décharger d’un poids qui la gênait extrêmement. Ils sont dès lors transférés du dépôt de sûreté d’Ardres à la prison de Saint-Omer. Antoine Salmon y décède le 10 janvier 1817, avant le début de son procès. Jugé coupable de meurtre avec préméditation, malgré la défense talentueuse de son avocat, Boubert fils, François Deguillage est condamné à mort par la cour d’assises, le 30 mai ; il a entendu son arrêt sans marquer aucune émotion ; mais lorsqu’on l’a reconduit en prison, ses jambes s’affaiblirent, et on dut le faire entrer quelque tems chez le concierge du palais de justice (Journal du département du Pas-de-Calais, 10 juin 1817). Il est exécuté le 14 août à midi, sur la grand’ place de Saint-Omer. L’affaire a fait la plus grande sensation, en raison de la folle crédulité des assassins. Aucune charge n’a en revanche été retenue contre les deux épouses.Tragique ironie du sort : Jean-Baptiste Deguillage est décédé le 16 octobre 1816 à 4 heures du soir, soit moins de 24 heures après le meurtre ; et il a été suivi de près par la fille de la "sorcière", Marie-Élisabeth, morte à 2 ans et 2 mois, le 10 mars 1817, au domicile de son oncle Charles Salmon.

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Actualités
  • Chasse aux sorcières
    Épisode présenté dans le cadre de l'exposition Histoires d'Elles
  • Histoires d’Elles, les femmes et le Pas-de-Calais
    Une première exposition dédiée aux femmes dans l’histoire du Pas-de-CalaisLes étapes qui ont marqué l’histoire de la place des femmes dans la société sont loin d’être linéaires, au sein de l’unité familiale aussi bien que dans leurs rapports avec leur corps, leur foi ou leur éducation et, bien sûr, au titre de leur vie professionnelle comme de leurs engagements politiques.Histoires d’Elles se propose de retracer ces évolutions, sur le territoire de l’actuel Pas de Calais et par le prisme certes, parcellaire apporté par les archives, même si les femmes en sont plus souvent l’objet que le sujet. Sans négliger l’apport de personnalités exceptionnelles qui ont marqué notre département, ce sont bien les mutations passées des rapports entre les sexes que souhaite faire découvrir cette exposition, pour nous permettre de questionner notre quotidien, mais aussi pour nous inciter à la consolidation des acquis comme à de nouvelles remises en cause, en vue d’une véritable égalité de tous les êtres humains.<div style="position:relative;padding-bottom:56.25%;height:0;overflow:hidden;"> <iframe style="width:100%;height:100%;position:absolute;left:0px;top:0px;overflow:hidden" frameborder="0" type="text/html" src="https://dircom.pasdecalais.fr/video/archives/index.php?video=DJ-HistoiresDelles" width="100%" height="100%" allowfullscreen="" allow="autoplay"> </iframe> </div>L'exposition en bref7 modules thématiques : Introduction, En famille, Un corps, Une âme, Un esprit, Travailleuses, Combattantes ;4 dispositifs de manipulation ludiques ;4 écrans avec des films d'archives et un micro trottoir réalisé auprès de collégien.ne.s ;Dimensions des modules : 1950x900x900 (bifaces) ;Espaces limités entre 50 et 80m² ;Prêt gratuit - montage et démontage assurés par les services du département ;L'exposition est accompagnée d’un livret d’aide à la visite (téléchargeable ci-dessous), d'un dossier pédagogique à disposition des enseignants, d’un jeu de société, d’ateliers jeune public et de spectacles.À découvrir prochainementDu lundi 28 novembre au jeudi 15 décembre 2022 : Collège Blaise Pascal, Mazingarbe ;Du samedi 17 décembre 2022 au jeudi 12 janvier 2023 : Centre pénitentiaire, Bapaume ;Du mardi 17 au mardi 31 janvier 2023 : Médiathèque Emile Zola, Avion ;Du mardi 1er février au jeudi 9 février 2023 : Collège François Mitterrand, Arras ;Du jeudi 2 au dimanche 12 mars 2023 : Le Phénix, Outreau ;Du vendredi 7 au jeudi 27 avril 2023 : Chambre d'agriculture du Nord Pas-de-Calais, Arras ;Du mardi 14 mars au jeudi 6 avril 2023 : Lycée Jean Lavezarri, Berck-sur-Mer ;Du  mardi 2 au mercredi 31 mai 2023 : Médiathèque du Château Calonne, Saint-Étienne-au-Mont ;Du vendredi 2 au jeudi 29 juin 2023 : Collège Marguerite Berger, Pas-en-Artois.Exposition réalisée par les Archives départementales du Pas-de-Calais.Scénographie et conception graphique de l’exposition et des supports de communication : Agence Présence.Le Département du Pas-de-Calais et sa politique d’égalité femmes hommesDepuis 2017, le Département du Pas de Calais est engagé en faveur de l’égalité femmes hommes avec la signature de la Charte européenne pour l’égalité des femmes et des hommes dans la vie locale.Pour répondre aux engagements de la charte, le Département a validé un plan de 20 actions pour la période 2018-2020. Parmi ces dernières, citons à titre d’exemple le lancement du télétravail, le développement des bonnes pratiques dans le sport, l’augmentation constante de la programmation de femmes artistes dans le cadre de la saison culturelle du Département, la sensibilisation à la lutte contre les violences via l’espace Intranet et Internet du Département, la signature du Plan cadre de lutte contre les violences faites aux femmes, co signé par la Préfecture, le Ministère de la Justice et le Département et la lutte contre les stéréotypes, notamment à destination des collégiens et collégiennes.Pour aller plus loin, voir le micro-trottoir réalisé auprès des collégiens du Pas-de-Calais
  • Sto Lat !
    Le 3 septembre 1919, à Varsovie, est signée une convention d’immigration entre la France et la Pologne, prévoyant le recrutement collectif de travailleurs polonais. Elle devait répondre à la pénurie de main-d’œuvre dans les régions françaises meurtries par la guerre, tout en résolvant le problème de la misère des populations rurales de Pologne, dans un pays à la structure agraire anachronique et au secteur industriel insuffisamment développé. Un demi-million de Polonais se sont en conséquence implantés en France, dans les régions minières, principalement le Pas-de-Calais (115 300 habitants, soit 22,7 %, en 1931) et le Nord (15 %), mais aussi sur les terres agricoles (pour environ 15 %). Cent ans après, en subsistent encore de multiples traces, tant dans les souvenirs familiaux qu’à travers la cuisine, le sport, les arts ou le langage, témoignant de l’importance de cet événement, fondateur de l’histoire récente du Pas-de-Calais.L’exposition retrace les parcours de ces familles venues de Pologne, examine les modalités de rencontre entre les deux cultures et pose la question de la transmission de leur mémoire jusqu’à nos jours.Exposition réalisée par les archives départementales du Pas-de-Calais, en partenariat avec l’Institut des civilisations et études polonaises (ICEP) de Lens, le master expographie-muséographie de l’université d’Artois et l’École supérieure des arts appliqués et du textile de Roubaix.Prêt gratuit. Le transport et le montage seront assurés par les services du Département selon les modalités définies entre les parties.Contact : Marina Hermant (hermant.marina@pasdecalais.fr et 03.21.71.64.38)À découvrir prochainementDu jeudi 5 au lundi 30 janvier 2023 : Médiathèque L’Embellie, Angres
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Photographie noir et blanc montrant des enfants dans une cour d'école.
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