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Vivre sous l'occupation : récit d'une institutrice de Billy-Montigny

Publié le 11 juin 2018

Raconter sa guerre : le témoignage des instituteurs et des institutrices a été plusieurs fois sollicité, pendant le premier conflit mondial lui-même (ainsi, par la Ligue française de l’enseignement, pour servir à son Exposition de l'École et la Guerre, en mai 1917 ; Archives départementales du Pas-de-Calais, 1 J 2539), et plus encore après (enquête du recteur de Lille en avril-mai 1920 ; Bibliothèque de documentation internationale contemporaine, F delta 1126), au-delà des journaux intimes ou des échanges de correspondance qu'ils auraient pu laisser. Le présent récit a toutefois une origine différente : participer au dossier à charge contre l’ennemi – voire, si possible, servir directement aux Alliés.

Héléna Maria Duhamel est née le 27 novembre 1880, à Gournay, un hameau de Verchocq. Fille d’une journalière de 21 ans, Marie-Josèphe Apolline Duhamel, plus tard gouvernante à Gisors, elle se tourne vers l’enseignement, et étudie pendant six années au pensionnat de Dohem (école normale libre). Elle obtient son brevet élémentaire pour l’enseignement primaire à Boulogne en juin 1898, puis son certificat d’aptitude pédagogique le 8 mai 1909, à Arras. Après avoir tenu une classe au sanatorium de l’Oise, à Berck, de juillet 1902 à janvier 1903, elle devient institutrice suppléante à partir du 6 novembre 1903 à Merlimont, Le Turne (commune de Frencq) ou Berck, puis stagiaire à la rentrée de 1904, affectée chaque année dans une nouvelle école.

Le 1er mai 1912, elle est nommée institutrice adjointe à l'école Sévigné de Billy-Montigny. C'est à ce poste qu'elle va être confrontée à la guerre et à l'occupation allemande.

Évacuée en France, pour raisons de santé, en décembre 1915, elle entreprend de mettre par écrit des notes, principalement factuelles, sur la vie quotidienne à Billy.

Pour le moment je suis à Vichy chez une personne bienveillante et j'y resterai jusqu'au 20 janvier environ. Je soigne ma gorge très malade.
Je vous avouerai franchement que je ne me trouve bien nulle part.
Il y a des moments, je m'exalte, je m'exalte, et alors je jette sur papier ma pauvre misère de là-bas.
C’est dans un de ces moments de fièvre que j'ai brouillonné le rapport dont j'avais été chargé (d'ordre militaire et occupation allemande) mais j'ai dû envoyer ce rapport à une personne de confiance pour le recopier proprement avant de le soumettre.
À Billy-Montigny, les classes ont été fermées du 3 8bre 1914 au 1er février 1915.
[…] Au mois de mai 1915, toutes les écoles ont été occupées par les Allemands.
Les maîtresses étaient alors occupées à la comptabilité du pain et à la mairie.
Enfin, en septembre 1915, la commandature a ordonné la réouverture des écoles (à la suite d’une demande de M. l'Inspecteur) mais sans vouloir rendre les écoles. Alors les classes sont organisées dans des maisons d'évacués. Les maîtresses qui sont de service à la comptabilité du pain sont dispensées de faire la classe ces jours-là.

(lettre à l'inspecteur d'Académie, datée de Vichy, villa Antoni, 6 rue de Ballor, sans date [janvier 1916]).

L'exemplaire conservé dans son dossier de personnel (Archives départementales du Pas-de-Calais, T 1331/6) paraît toutefois n'avoir été envoyé à sa hiérarchie que le 27 octobre 1924, pour répondre au refus d'un congé maladie de longue durée avec traitement, malgré la loi du 30 avril 1921.

Monsieur l'Inspecteur d’Académie, tellement navrée de n'avoir pas bénéficié de la loi de 1921, je me permets aujourd'hui, bien à contrecœur, de vous entretenir un peu de mon dévouement pendant la guerre.

Infirmière à la Cie des mines à Billy, j'ai veillé 2 jours par semaine en août et septembre 1914.
Du 4 au 15 octobre, Billy envahi, j'ai assuré du service tous les jours, et parcourant les villages voisins pour trouver la viande nécessaire à la nourriture des 24 blessés, les infirmières étant parties.
J'ai assuré comme mes autres collègues, jusque juillet 15, le service du pain ; sans commettre jamais aucun manquement d'amabilité.
À mon évacuation, fin décembre 15, j'ai emporté pour l'armée anglaise le plus de renseignements possible depuis Lens jusque Douai, à tous p[oin]ts de vue.
Mr Moncomble, secrétaire en chef de la mairie de Billy-Montigny, collaborateur en renseignements et ami, m'a délivré un certificat élogieux à cet égard. Mlles Mercier, près de la mairie à Billy, m'avaient préparé le mode de passage, et dès mon arrivée en France, Mr Gosselin Raymond, de Billy, a recopié mon long rapport et l'a remis à l'armée anglaise, avec l'original.

Je me permets, Monsieur l'Inspecteur d'Académie, de vous joindre quelques lettres, en ayant un millier de ce genre à votre disposition. Rapatriée le 1er janvier, j'écrivais encore le 2 mars, parfois les yeux fermés, aidée par Mr Gosselin qui, pour abréger mes réponses, avait dactylographié les renseignements susceptibles de rassurer les réfugiés.
Cependant, rapatriée avec 7 malades de Billy-Montigny, il est incontestable que mon voyage de rapatriement s'est effectué étendue sur la paille dans le wagon entre les pieds de mes compatriotes, qu'en cours de route le médecin allemand m'a trouvée évanouie d’inanition et m'a ranimée.
Pour répondre à un effort patriotique au-dessus de mes forces, j'ai la récompense de me voir évitée par les lois concernant mon administration, évitée comme cas exceptionnel sans doute.
La satisfaction m'avait suffi, je n'avais prévu aucune récompense, mais je ne puis pas ne pas déplorer la situation présente quant à la loi.

Son récit témoigne ainsi du quotidien de l'occupation à Billy-Montigny entre 1914 et 1915. Rappelons que les deux-tiers du bassin minier sont alors sous le joug des troupes allemandes. L'institutrice y détaille la dureté des réquisitions (des bestiaux à la literie en passant par le vin), les difficultés liées au ravitaillement, l'obligation pour chaque riverain de nettoyer son trottoir sous peine de lourdes représailles, ou encore les nombreux faits-divers impliquant des personnalités de la commune.

Mariée deux fois (en 1905 avec Ernest Dion, mort des suites de ses blessures, le 27 juin 1918 ; puis avec Léon Leclercq, en 1920), Héléna Duhamel ne reprend l'enseignement que de 1925 à 1933 – à l'exception de quelques mois en Seine-et-Oise, en 1917 –, en raison de graves problèmes de santé. Elle décède à Fruges, le 22 janvier 1948.

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Vue en coupe d'un pont sous-marin.

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