Les Archives du Pas-de-Calais (Pas-de-Calais le Département) - The 23 février 2020 - 05h57
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Les lieux

La musique en plein air : les fêtes

Écoutez !... C'est du bal les bruyantes fanfares,
Des danseurs animés les tourbillons bizarres ;
C'est d'un peuple joyeux les gais bourdonnements,
Mêlés aux cris aigus du son des instruments.

(J.-B. Holuigue, Beautés de Boulogne-sur-Mer, Boulogne-sur-Mer, 1862, p. 20. Archives départementales du Pas-de-Calais, BHB 842/4)

Les ducasses (ou kermesses) trouvent leur origine dès la fin du XIVe siècle, dans les commémorations annuelles de la première dédicace solennelle d’une église à un saint patron. Elles consistent avant tout en une procession, qui accompagne les reliques ou la statue du saint pour le "grand tour" de la paroisse, selon un itinéraire immuable, partant de l’église et y revenant. Ces manifestations donnent lieu à des réunions dansantes et à des attractions foraines (concert, jeu de balle, tir à l’arc).

Dès le XVIe siècle, crainte du désordre et volonté de contrôler la religiosité populaire ont amené les autorités civiles et ecclésiastiques à en réduire l’importance. Tout au long du XVIIIe, par exemple, les évêques de Boulogne-sur-Mer renouvellent l’interdiction de danser publiquement le dimanche (tout au moins pendant le service divin), et suppriment en 1778 plusieurs des fêtes chômées. Rencontrant les préoccupations d’une bourgeoisie qui privilégie le travail, le clergé de la première moitié du XIXe siècle cherche en outre à dissocier le sacré du profane, et à épurer ces moments de ce qui n’est pas religieux. Mais la jeunesse reste profondément attachée à la danse, point culminant de la journée et dont l’absence coïncide avec les époques de pénitence et d’abstinence, comme l’Avent ou le Carême ; aussi court-elle de ducasse en ducasse et de cabarets en bals parés pendant toute la belle saison, de la Pentecôte à la fin de l’automne, et se démoralise-t-elle l’hiver.

Tintez, grelots ! grincez, crécelles !
Tempêtez, cornets à bouquins !
Pierrots, débardeurs, arlequins,
Présentez-nous vos escarcelles !

(Victor Barbier, Carnaval est ressuscité !!! 10 février 1891, Arras, 1891. Archives départementales du Pas-de-Calais, 80 J 37)

À la veille des quarante jours de jeûne précédant Pâques, depuis le XIIIe siècle, le carnaval est un temps de défoulement et de bombance, servant à exprimer le chaos et à remettre en cause les conventions sociales ; les habitants de la ville sortent déguisés, masqués ou maquillés, et se retrouvent pour chanter et danser dans les rues, éventuellement autour d’une parade. Dans les premières années du XXe siècle, la laïcisation des mentalités paraît avoir émoussé la signification du carnaval ou des fêtes de mi-carême et les observateurs notent que l’entrain et la joie populaires diminuent. Sous la poussée régionaliste des années 1906-1914, des associations, des revues littéraires, des municipalités, tentent toutefois de les faire revivre. La tradition carnavalesque semble alors reprendre : à Lens, Béthune ou Arras, les chars allégoriques consacrés à "l’impôt sur le revenu" ou à "l’ouvrier retraité" suivent les fanfares. Les communautés urbaines consacrent une part de plus en plus grande à l’expression d’exigences patriotiques ou sociales ; elles remettent à la mode des fêtes communales de plusieurs jours, au cours desquels concerts et bals se donnent dans les divers quartiers, et que conclut un défilé où l’on promène les géants.

On n’aura garde d’oublier les innombrables colporteurs et chanteurs des rues qui, sur les places des villes et des villages, ont joué un rôle fondamental pour la popularisation des complaintes et des chansons jusque dans les années 1930.

L’cordéoneux, il est toudis joyeux, soir et matin, il fait
danser les gins
L’cordéoneux, il est toudis joyeux, soir et matin, il fait
danser les gins
Et, j’suis parti eud’min villach’, parce que j’attinds
toudis dire à’m’maison
Dins tous les bals du voisinage, ils z’ont quert danser
au son d’l’accordéon
A’ch’momint là, j’étos un phénomène, j’ai cru faire
eum’n’av’nir avec eune Milisienne
Euj’sus parti, un diminche tout intier, avec l’accordéon
pour juer dins les cabarets.

(Edmond Tanière, L’cordéoneux)

L'architecture de la scène

Les kiosques

En dehors de ces moments privilégiés, jusqu’au milieu du XIXe siècle, la musique en extérieur est l’apanage des fanfares militaires. Le 15 juillet 1848, le ministre de l’Intérieur Antoine Sénard permet enfin aux sociétés chorales et musicales de jouer en plein air, "à condition que ces rassemblements aient lieu en des endroits au préalable définis et facilement cernables par les forces de police en cas d’apparition de troubles".

Petits pavillons d’inspiration ottomane ou méditerranéenne agrémentant les jardins romantiques, les kiosques répondent à cette obligation. Ils offrent aux musiciens et au public une structure légère en bois ou en métal, à la fois couverte, ouverte et surélevée. Ils connaissent dès le Second Empire un essor spectaculaire dans les villes et les parcs. La société mondaine boulonnaise fréquente ainsi le kiosque du casino, inauguré dès 1863, tandis que le public populaire danse à partir de 1864 autour de celui du jardin des Tintelleries. La construction d’un kiosque permanent constitue un élément indispensable de l’image d’une commune, même si certaines, comme Annezin, Annay, Beuvry, Calais ou Lillers, préfèrent parfois se doter d’éléments démontables ou mobiles. L’utilisation de matériaux comme le ciment ou le béton armé se répand au XXe siècle (ainsi à Avion en 1924, ou au Touquet-Paris-Plage) mais donne encore lieu à de nombreux débats esthétiques, comme à Méricourt en 1929. Les kiosques à musique en fer forgé restent cependant très appréciés : en témoignent ceux proposés dans leurs catalogues par les entreprises de construction métalliques de Saint-Sauveur-lès-Arras (Perrin, Grassin ou Clovis Cassoret) et qu’ils ont pu exporter à Ostende, Brest, Marmande ou Reims.

Les théâtres et les salles des fêtes

Ah ! le vrai moyen de me plaire
C’est de bien garnir mon balcon,
Mon paradis et mon parterre :
Chez moi venez donc sans façon,
Chez moi venez donc, gais,
Chez moi, venez tous, venez donc
Chaque soir, sans façon.

(Ronde du théâtre, sur l’air de la chanson provençale de Gillette de Narbonne ; acte I, scène XIII d’Arras-Revue, pochade en 2 actes et 4 tableaux, Arras, 1884, p. 27-28. Archives départementales du Pas-de-Calais, 80 J 37)

Du XVIe au XVIIIe siècle, les troupes itinérantes [15] sont en général accueillies dans des locaux temporaires, halles, jeux de paume, échevinages, voire de simples granges. Le goût croissant du public pour ce type de spectacle, dans une région marquée par la présence des troupes et par le passage des voyageurs anglais, rencontre l’intérêt pour l’urbanisme des intendants comme des conseils de ville. Au cours du dernier quart du XVIIIe siècle, des scènes privées voient en conséquence le jour, dans les dépendances de la confrérie des arquebusiers à Saint-Omer (salle Sainte-Barbe, en 1763), d’une poste aux chevaux à Boulogne-sur-Mer ou de l’hôtel Dessein à Calais (respectivement en 1773 et 1774), tandis que le magistrat d’Arras inaugure son théâtre en décembre 1785. La construction de nouveaux établissements et la rénovation de l’existant sur crédits municipaux, au sein des principales villes du département, connaissent trois phases principales : les années 1820-1840 (ainsi, à Boulogne en 1827 et Saint-Omer en 1840), le Second Empire (du nouveau théâtre de Boulogne en 1860 à celui de Montreuil-sur-Mer en 1865, par réaffectation d’une halle aux grains) et le tournant du XXe siècle (comme à Calais en 1905 et Béthune en 1912). Leur architecture s’inspire du modèle de théâtre à l’italienne : dans une salle en forme de demi-cercle, les spectateurs sont placés à plusieurs niveaux : l’orchestre, les corbeilles, les balcons et la galerie.

Dès la monarchie censitaire, s’y ajoutent des salles dévolues aux bals ou aux concerts, en réponse à la création des sociétés philharmoniques (rue Ernestale à Arras en 1828, édifice agrandi en 1851-1853 et 1888-1890 ; ou à Saint-Omer, dans le Wauxhall en 1816, puis dans un bâtiment spécifique place Saint-Jean en 1833-1835), mais aussi en lien avec le développement touristique boulonnais (établissements de bains, casino et locaux annexes successifs, de 1824 à 1894). À partir de 1860 et jusque dans l’entre-deux-guerres, se développe enfin un réseau dense de salles des fêtes communales, souvent très soignées (entre bien d’autres, Saint-Pol-sur-Ternoise, Hesdin, etc) et surtout de lieux privés, des plus prestigieux aux plus modestes (cafés-concerts, cabarets et dancings).

La vie du théâtre est souvent un observatoire remarquable de la société locale. Les places du public sont conçues pour voir et pour être vu, car les spectateurs sont distribués selon une hiérarchie économique et donc sociale. Le dernier niveau appelé paradis ou poulailler est alors conçu pour recevoir les classes les plus populaires. Au théâtre d’Arras, un règlement du 9 décembre 1785 réserve en outre aux militaires une partie du parquet et du paradis et les interdit aux "bourgeois et habitants". Il est également possible d’avoir une loge grillagée, qui permet d’assister au spectacle anonymement.
Les programmes jouent à la fois un rôle de promotion et d’information : autour des éléments attendus, tels que le titre de la pièce, le nom du directeur et des acteurs, se développent de nombreuses réclames. Pour attirer le public, on améliore la lithographie, on ajoute des illustrations ou on cherche en à augmenter la diffusion.

Dans les pièces de théâtre des XVIIIe et XIXe siècles, la musique a un rôle à la fois constant et accessoire aux côtés des acteurs. La plupart des théâtres de Paris possèdent un orchestre qui contribue à créer l’atmosphère des pièces interprétées et à ponctuer l’action. En province, en revanche, peu d’instrumentistes accompagnent les troupes ambulantes. Les musiciens, tout comme les danseurs, sont généralement des gagistes mal payés et recrutés sur place.

Dans des villes moyennes comme Arras, Béthune ou Boulogne-sur-Mer, le théâtre est une entreprise généralement déficitaire. Sous l’Ancien Régime et pendant tout le XIXe siècle, aucune subvention centrale n’est envisageable. Le fonctionnement quotidien des théâtres reste une affaire de politique communale, comme en témoignent les réponses des sous-préfets à l’enquête du 25 mai 1870 sur le financement des théâtres et des écoles d’arts dans le département : les villes octroient des aides à la condition que les théâtres donnent un minimum mensuel de représentations, voire, comme à Boulogne-sur-Mer, qu’ils emploient une troupe permanente et un orchestre de 28 musiciens. Des communes plus petites, comme Fresnes-lès-Montauban en 1833, cherchent des ressources complémentaires en louant les espaces publicitaires et les chaises de leur salle des fêtes.

La pratique mondaine et privée

Me voilà plus tranquille, et je puis respirer
Un moment avec toi, quitte de l’harmonie
Qui vient de me poursuivre et de me déchirer.
Tu vois une victime à peine encore guérie
Du mal que les haut-bois, les cors, les violons,
Les malheureux gosiers, les perfides chansons
Ont fait à mon oreille, indignement trahie.

(Le concert des amateurs. Épitre à M.xxx, XVIIIe siècle. Archives départementales du Pas-de-Calais, 4 J 96)

Le développement des concerts publics au cours du XVIIIe siècle donne naissance à une sensibilité musicale nouvelle, reposant sur l’individualisation de l’écoute et du jugement esthétique. En outre, cet art se pratique désormais également en famille, entre amis, dans un répertoire purement gratuit et profane.

Confrontés aux importantes formalités nécessaires pour diffuser leurs œuvres, les compositeurs se font entendre chez eux. La musique de chambre se pratique alors dans une relative marginalité, dans les salons d’artistes, de musiciens célèbres ou de facteurs d’instruments. Mais organiser des bals et des réunions musicales autour d’interprètes renommés constitue aussi un héritage de la sociabilité d’Ancien Régime : la musique fait partie des arts que cultivent les gens de goût. Dans les familles aristocratiques, on l’apprend aux enfants en les emmenant régulièrement à l’opéra. Cette initiation ouvre la voie à des protections éclairées : les musiciens constituent souvent des dynasties de professeurs dans les meilleures familles ; ils évoluent de génération en génération dans une certaine intimité avec leurs mécènes, dont le rôle reste crucial pour eux, aussi longtemps que la commande publique ne les fait pas vivre.

Progressivement, ce mode de vie est imité par les milieux bourgeois, qui ouvrent à leur tour leurs salons aux artistes : c’est le cas, dès l’Ancien Régime, des grands financiers, des fermiers généraux ou encore de médecins. La musique garde le statut de distraction ; elle signe une éducation, symbolisée par la présence du clavecin ou du piano au salon ; la jeune fille de la maison doit savoir en jouer, mais on n’attend d’elle ni virtuosité, ni même une connaissance approfondie de la musique. Dans les programmes domine la romance avec accompagnement de piano, de harpe ou de guitare.

Une véritable mutation s’opère dans les années 1830, lorsque les amateurs, découragés par les difficultés des oeuvres instrumentales et particulièrement de celles de Beethoven, cessent d’être exécutants. Des cercles musicaux se créent, de même que des sociétés aux centres d’intérêts plus larges, qui organisent parfois des concerts payants ou de bienfaisance. Leurs membres appréhendent la musique comme un art difficile et élevé, en opposition tranchée avec la production populaire, et réservé à des élus à la fois doués et initiés. Ils se fondent ainsi sur un élitisme qui consacre le talent et non la naissance, conformément aux valeurs de la démocratie moderne.

Au cours du XXe siècle, la démocratisation progressive des moyens mécaniques (puis électroniques) de diffusion engendrent un nouveau public, confronté à une consommation musicale de masse, mais bénéficiant aussi d’une ouverture sans précédent sur des univers stylistiques multiples.

Finale

Quand j’ay quelque noire vapeur
Ou des peines secrettes,
Rien ne me rend ma belle humeur
Comme ces chansonnettes.
Heureux qui sans tant de façon
Et sans philosophie
Sait charmer par une chanson
Les chagrins de sa vie.

(Recueil de chansons très amusant pour celui qui aime à chanter ou le chant, 1794, p. 2. Archives départementales du Pas-de-Calais, 4 J B 2)

Aujourd’hui, la musique apparaît comme une activité naturelle, presque vitale. Une étude récente (sondage TNS SOFRES réalisé pour la SACEM entre 2006 et 2010) a révélé que les Français écoutent deux heures de musique par jour, et 28 % d’entre eux beaucoup plus. Ces trente dernières années en marquent la démocratisation, comme celle de la pratique musicale, dans toutes les couches sociales et tranches d’âge de la population : 83 % des personnes interrogées affirment chanter occasionnellement et 14 % pratiquent un instrument de façon régulière. Parmi les styles musicaux les plus répandus, 66 % écoutent de la chanson française, 29 % de la musique pop et du rock, 22 % des variétés internationales, 22 % de la musique classique, 14 % du jazz et 10 % de l’opéra, et de 2 à 7 % du rap ou de la techno. Avec la progression des moyens de communication et de l’ère numérique, le CD laisse la place à l’usage d’Internet ou aux lecteurs MP3, MP4, etc : ils sont à présent 63 % à avoir adopté la musique numérique.

De l’éveil musical chez les tout petits aux répétitions dans un simple garage, des chorales aux conservatoires, la musique reste ainsi l’un des moyens les plus simples et les plus répandus d’exprimer et de partager tant ses idées que ses sentiments. Et le Pas-de-Calais pourrait presque à ce titre donner le la, avec quatre conservatoires à rayonnement départemental (Arras, Boulogne-sur-Mer, Calais et Saint-Omer), un cinquième à rayonnement communal (Lens), mais aussi plus de quatre-vingt écoles de musique, 320 sociétés musicales et 250 groupes (hors hip-hop) ! Alors, qu’attendez-vous ? Tous à vos instruments !

 

[15] BAUDOUX-ROUSSEAU (Laurence), LARDEUR (Alexandre), LETERRIER (Sophie-Anne), Le théâtre en province, Arras (XVIIIe-XXIe siècles),Arras, 2007, 222 p. DEBUSSCHE (Frédéric), "Architecture du XIXe siècle à Boulogne-sur-Mer. I : architecture religieuse et architecture de loisir", Mémoires de la Commission départementale d’histoire et d’archéologie du Pas-de-Calais, t. XXXVI, Arras, 2004, 142 p. KUBIAK (Anne), La saga Kubiak. L’histoire de l’orchestre phénomène du nord de la France, Lens, 2008, 128 p. LENNEL (Fernand), Quelques notes sur le vieux théâtre de Calais, Calais, 1905, 39 p.

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Vue en coupe d'un pont sous-marin.

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