La Journée du Pas-de-Calais les 13 et 15 août
Elle s’annonce comme devant être une superbe manifestation de solidarité et d’entrain patriotique.
Déjà les souscriptions affluent empressées et importantes et font présager du résultat final lorsque les gros sous, mêlés aux pièces blanches, se totaliseront.
Dans beaucoup de localités, les conseils municipaux eux aussi désirent apporter leur offrande aux œuvres départementales de guerre. Ils se proposent d’inscrire à cet effet un crédit au budget de la commune et nous savons que M. le Préfet est tout disposé à approuver leur vote.
Cette émulation généreuse n’est pas pour nous surprendre. Quel est donc celui qui aurait le triste et affligeant souci de s’isoler dans un égoïsme coupable alors qu’il reste encore tant de douleurs à calmer, tant de misères à soulager, tant de détresses à secourir ?
Et puis, chacun voudra conserver de la Journée départementale, un souvenir tangible que les uns enverront aux vaillants défenseurs du sol, que les autres transmettront avec leur pensée affectueuse aux malheureux internés dans les camps allemands, que beaucoup rangeront avec soin dans les objets de famille.
Plus tard, lorsque le terrible drame sera terminé, que la Victoire en marche sera définitive et qu’au foyer reconquis et restauré le père, l’époux, le fils et le frère auront repris leur place, on sera fier et heureux de montrer qu’à l’arrière aussi on a fait son Devoir.
Réunion de la commission
Hier, à 6 heures, s’est réunie à la mairie comme nous l’avions annoncé la commission d’organisation de "la Journée du Pas-de-Calais" des 13 et 15 courants, sous la présidence de M. Haffreingue, adjoint au maire.
M. Certeux, sous-préfet de l’arrondissement, assistait, ainsi que le principal du collège Mariette, l’inspecteur primaire, les directrices d’écoles et les représentants des divers groupements et fédérations boulonnaises.
En ouvrant la séance, M. Haffreingue remercia les collectivités ainsi que les personnalités locales convoquées d’être venues en aussi grand nombre.
On s’occupa ensuite de la division de la ville par secteur en prenant comme modèles les sections électorales et en invitant les personnes présentes à indiquer leurs préférences à cet égard, ce qui fut fait.
M. le principal du collège et les directrices d’écoles assurèrent en outre le président du plus entier et plus dévoué concours du personnel enseignant. Tous les représentants de sociétés, institutions et fédérations locales s’engagèrent de même au nom de leurs collègues.
Il fut ensuite décidé que, dès le matin, un couple de quêteurs parcourrai[en]t les différentes rues de la ville pour offrir des cartes postales aux habitants.
À propos de ces cartes postales M. Certeux insiste tout particulièrement sur l’intention qu’à eue M. le Préfet de concrétiser l’admirable effort de nos alliés anglais et l’héroïque vaillance des Belges en les associant étroitement à la Journée. Leurs drapeaux sont mêlés aux couleurs françaises dans l’insigne-écusson "Journée du Pas-de-Calais", de même que dans l’affiche-appel dont une partie mentionne en texte anglais le but de la souscription.
Les insignes "La Rose et la Pensée", emblèmes de l’affection et du souvenir, permettront aux acheteurs qui s’en pareront, de marquer leur reconnaissance et leur admiration pour les valeureux et intrépides vengeurs du Droit et de la Justice violés, en même temps que leur pieux hommage aux morts héroïques, leur fidélité attendrie aux prisonniers qui souffrent dans les geôles allemandes, leur compassion aux douleurs des familles qui de l’autre côté du front de bataille, subissent stoïquement la contrainte allemande.
Quant aux cartes postales auxquelles le maître graveur M. Mayeur, a su donner un caractère artistique éminemment original, elles perpétuent d’une manière tangible et saisissante la fraternité d’armes des soldats français, anglais et belges confondus dans un même et sublime élan pour libérer à jamais nos provinces souillées et meurtries : elles symbolisent, en les glorifiant, la mer où évolue la "Great Fleet" dont les panaches de fumée laissent apercevoir, comme un présage de victoire, le léopard britannique étranglant l’aigle impérial allemand :
"Notre pays minier aux fosses bouleversées par les éclatements de bombes ;
son héroïque chef-lieu martyr où se profilent quelques-unes de ses merveilles d’art victimes du vandalisme germanique."
Pour accroître encore la recette de la journée, le représentant de la France du Nord M. E. Martel proposa l’organisation d’un concert, en faisant appel au bienveillant concours des éléments locaux.
Cette proposition fut unanimement agréée. M. le Sous-Préfet fit remarquer que, pour réserver un plus large champ au concours des quêteurs et quêteuses, ce concert pourrait être organisé au jardin des Tintelleries, indépendamment de celui de la Digue.
On pourrait aussi demander aux directeurs de cinémas de laisser mettre à l’entrée de leurs salles un plateau au bénéfice de l’œuvre.
Enfin M. Certeux rappelle qu’une tombola avec lots en espèces était en voie d’organisation grâce au généreux concours de commerçants locaux dont plusieurs ont bien voulu également se charger de la vente des billets.
En terminant, M. le Sous-Préfet les remercia chaleureusement ainsi que les quêteurs et quêteuses pour leur collaboration aussi spontanée que dévouée, ne doutant pas que tous ces concours réussiront à assurer le brillant succès de "la Journée du Pas-de-Calais" dont le résultat semble appelé à dépasser encore celui des précédentes.
Il était 8 heures quand M. Haffreingue déclara la réunion levée.